9 janvier 2009

Un néolibéralisme humaniste au Chili ?

Alors que le Dakar souille le désert chilien, un éclairage différent sur le Chili, vu par beaucoup comme une réussite économique en Amérique latine :

Le bilan de 18 années de la gauche sociale-démocrate au Chili est mitigé. Certainement, le gouvernement de la Concertation a réussi le pari de la stabilité, résultante du pragmatisme et de la modernité. Mais il n’a pas réussi à affranchir la politique chilienne de l’héritage de Pinochet, à formuler un projet de justice sociale moderne et proprement latino-américain qui dépasse le néolibéralisme. L’abandon d’un projet de développement national le place à contre-courant du reste de la région.

Économiquement, les taux de croissance annuels de 8 à 10 % des années 1990 se sont transformés en taux de 5 % depuis 2004. Après vingt ans de croissance, le modèle économique néolibéral axé sur les exportations et l’ouverture sur le marché mondial s’épuise. L’augmentation de la production traditionnelle du cuivre, aux mains de multinationales, a ramené encore une fois le Chili à sa caractéristique traditionnelle d’économie enclavée. La diversification des exportations n’a pas eu lieu. L’ouverture de l’économie chilienne s’est traduite par l’augmentation de la propriété étrangère et l’exportation de capitaux. L’exploitation intensive de ressources naturelles a créé des problèmes environnementaux graves et a permis des projets comme la mine Pascua Lama par la minière canadienne Barrick Gold. Le Chili en 2008 est une île néolibérale qui est isolée des processus d’intégration latino-américains.

Le Chili est l’un des pays les plus inégalitaires de la planète, le 12e au monde selon l’ONU. La répartition de la richesse est plus déséquilibrée que dans les années soixante. La privatisation des services de santé et de l’éducation est une réalité au Chili. Les 190 millions de dollars d’épargne des régimes de retraite sont gérés par des compagnies privées. Les gouvernements de la Concertation ont introduit des changements élargissant les services de santé, d’éducation et des régimes de retraite, mais sans transformer la logique néolibérale.

Le tout privé renforce l’individualisme encourageant la concurrence et l’égoïsme social. De plus, l’impunité règne avec l’incapacité de la justice à poursuivre les responsables des violations des droits humains pendant la dictature militaire. L’insuffisante démocratisation de l’appareil étatique s’est traduite par la répression contre le peuple autochtone mapuche, dans le sud du pays, suivant les intérêts des compagnies papetières. Les militants mapuches sont jugés selon la loi antiterroriste héritée de Pinochet. Une situation dénoncée par Amnesty international et par le rapporteur sur les droits humains de l’ONU. Le pari de l’humanisation du néolibéralisme par la gauche sociale-démocrate connaît des ratés.

Source : RISAL /  Photo : Mediactivista

8 janvier 2009

Alléluia

25 décembre, Lima, une femme accouche par césarienne. Son prénom : Vierge Marie. Le père de l’enfant est charpentier. Les parents ont bien entendu décidé de lui donner le nom de Jesus. Il n’en faut pas plus pour que la presse, l’Eglise et les politiques s’emballent. “Deux siècles plus tard, l’histoire de Bethléem est ressuscitée“, titre El Comercio, le journal péruvien de référence. L’eveque annonce que le bébé aura droit à un baptême de rite catholique à la cathédrale de Lima, ce qui est très très rare. Luis Castaneda, maire de Lima, très populaire, fait des pieds et des mains pour être le parrain de l’enfant.

Une anecdote assez révélatrice de la mentalité péruvienne, partagée entre deux religions, la foi chrétienne et le football. En effet, initialement, le bébé devait, selon la volonté du père, se prénommer Robin en hommage au joueur d’arsenal Robin Van Persie !

6 janvier 2009

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Vue sur le Machu Picchu qui se distingue peu à peu à travers la brume.

6 janvier 2009

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Randonnée dans la forêt amazonienne aux alentours de Puerto Maldonado

6 janvier 2009

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Sur un marché à touristes entre Puno et Cusco.

18 décembre 2008

La véritable dette extérieure n’est pas celle que vous croyez !

Je publie ici un texte que je viens de découvrir sur le net. Il est assez révélateur du pillage du continent latinoaméricain par les Européens lors de la Conquista. Pillage qui continue indirectement jusqu’au jour d’aujourd’hui, notamment au Pérou, avec les compagnies minières et pétrolières.

Exposé de Guaipuro Cuauhtémoc devant la réunion des Chefs d’Etat de la Communauté Européenne

La véritable dette extérieure n’est pas celle que vous croyez !

Eh bien me voici, moi, Guaipuro Cuauhtémoc, descendant des peuples qui, il y a 40.000 ans, peuplaient l’Amérique. Je suis venu à la rencontre de ceux qui l’ont « découverte » il y a 500 ans. Voici donc que nous nous rencontrons tous : nous savons qui nous sommes.

Mon frère douanier européen me réclame un papier écrit avec un visa pour pouvoir découvrir ceux qui m’ont découvert autrefois. Mon frère usurier européen me réclame le paiement d’une dette contractée par Judas – quelqu’un que je n’ai, en vérité, jamais mandaté. Mon frère usurier européen m’explique que toute dette se paie avec des intérêts, quand bien même il faudra pour cela vendre des êtres humains et des pays entiers sans leur demander leur consentement. Et voilà, moi je les découvre.

Moi aussi je peux réclamer mon dû, moi aussi je peux réclamer des intérêts. Les Archives des Indes font état, avec force papiers, force reçus et force signatures, de ce que, entre les seules années 1503 et 1660, sont arrivés à San Lucar de Barrameda (Espagne), 185.000 kilos d’or et 16 millions de kilos d’argent, en provenance d’Amérique. Pillage ? Cela ne me viendrait pas à l’idée ! Ce serait penser que nos frère chrétiens ne respectent pas leur septième commandement. Spoliation ? Dieu me garde d’aller imaginer que les Européens, à l’image de Caïn, tuent puis dissimulent le sang de leur frère ! Génocide ? Ce serait là accorder du crédit à des calomniateurs comme Bartolomé de Las Casas et tous ceux qui ont qualifié la rencontre de « destruction des Indes », ou à des extrémistes comme le Dr Arturo Pietri, qui affirme que l’essor du capitalisme et de la civilisation européenne actuelle est le fruit de l’inondation en métaux précieux que vous, mes frères européens, avez arrachés des mains de ceux qui, en Amérique, sont aussi mes frères !

Non ! Ces 185.000 kilos d’or et ces 16 millions de kilos d’argent doivent être considérés comme le premier d’entre les divers prêts à l’amiable consentis en Amérique en faveur du développement de l’Europe. Penser le contraire reviendrait à établir l’existence de crimes de guerre, ce qui ouvrirait le droit à exiger non seulement le remboursement immédiat, mais même une indemnisation pour dommages et préjudices. Moi, Guaipuro Cuauhtémoc, je préfère croire en l’hypothèse la moins offensante à l’égard de mes frères européens. Des exportations de capitaux aussi fabuleuses n’ont été rien d’autre que la mise en place d’un Plan Marshall-tézuma pour garantir la reconstruction de la barbare l’Europe ruinée par ses guerres déplorables contre les musulmans cultivés, défenseurs de l’algèbre, de l’architecture, du bain quotidien et autres apports supérieurs de la civilisation.

Voilà pourquoi, passé ce cinquième centenaire du « Prêt », nous sommes en droit de nous poser des questions : nos frères européens ont-ils fait une utilisation rationnelle, responsable ou tout au moins productive des ressources si généreusement avancées par le Fonds indo-américain international ?

Nous sommes au regret de répondre non. Du point de vue stratégique, ils les ont dilapidées en batailles de Lépante, Invincible Armada, IIIe Reich et autres formes d’extermination mutuelle. Du point de vue financier, au terme d’un moratoire de 500 ans, ils se sont montrés tout aussi incapables de régler le capital et intérêts que de se passer des rentes monétaires, des matières premières et de l’énergie bon marché en provenance du tiers-monde.

L’affirmation de Milton Friedman, selon laquelle une économie assistée ne pourra jamais fonctionner, vient corroborer ce tableau déplorable et nous oblige à leur réclamer – pour leur propre bien – le paiement du capital et des intérêts, généreusement repoussé de siècle en siècle.

Il est bien clair, toutefois, que nous ne nous abaisserons pas à réclamer à nos frères européens les taux – odieux et cruels – de 20% et jusqu’à 30%, que nos frères européens font payer aux peuples du tiers-monde. Nous nous limiterons à exiger la restitution des métaux précieux avancés, plus un modique intérêt fixe de 10% par an, intérêt calculé sur les 300 dernières années. Sur cette base, et en application de la formule européenne de l’intérêt cumulé, nous informons nos découvreurs qu’ils ne nous doivent, au titre d’un premier paiement de leur dette, qu’une quantité de 185.000 kilos d’or et 16 millions de kilos d’argent, chacune d’elle élevée à la puissance 300. C’est-à-dire un nombre qui, s’il fallait l’exprimer, ferait appel à plus de 300 chiffres et dont le poids dépasserait largement celui de la Terre.

Comme elles pèsent, ces masses d’or et d’argent ! Que pèseraient-elles si on calculait leur équivalent en sang ? Alléguer que l’Europe, en un demi-millénaire, n’est pas parvenue à générer des richesses suffisantes pour régler ce modique intérêt reviendrait à admettre son échec financier absolu et/ou l’irrationalité démentielle des présupposés du capitalisme. Il est vrai que nous ne nous soucions pas, nous les Indo-Américains, de telles questions métaphysiques. Mais, ça oui, nous exigeons la signature immédiate d’une lettre d’intention qui impose une discipline aux peuples endetté du Vieux Continent et les oblige à remplir leurs engagements par une privatisation ou une reconversion rapide de l’Europe, afin que cette Europe nous soit livrée tout entière au titre du premier règlement d’une dette historique.

Les pessimistes du Vieux Monde affirment que leur civilisation est en pleine banqueroute et que cela les empêche de remplir leurs engagements financiers et moraux. Si tel était le cas, nous nous contenterions de recevoir en paiement la balle avec laquelle ils ont tué le poète. Mais ce ne sera pas possible : cette balle est le coeur de l’Europe.

16 décembre 2008

Ciel bleu

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C’est la couleur du ciel à Lima avant-hier, hier, aujourd’hui et surement encore demain.

Température moyenne : 25 degrés (mais un soleil qui tape vraiment très très fort).

Une pensée pour les gens qui se les pèlent en France. MétéoFrance annonce une température maximale d’un degré aujourd’hui à Paris. Noël au soleil, c’est quand même la classe. Par contre, ils doivent avoir bien chaud les Pére Noël péruviens, parce que ça a beau être l’été, on fête Noël à “l’occidentale”.

11 décembre 2008

Entre un train et une combi, devine qui est le plus fort ?

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Lima (Pérou), 27 octobre 2008, un homme contemple l’intérieur d’une “combi” (1)accidentée. Dans ce choc entre ce minibus et un train, une jeune étudiante de 23 ans a trouvé la mort.
La sécurité routière est un problème endémique au Pérou, on comptabilise 28 000 accidents par an rien que pour la ville de Lima. Les photos de ces accidents se succèdent à la une des journaux à sensation péruviens. Chaque année se sont des milliers de personnes qui trouvent la mort sur les routes péruviennes.

(1) Les “combis” sont le système (privé) de transport collectif péruvien. Ces espèces de minibus, disposant légalement d’une quinzaine de places en moyenne, peuvent contenir jusqu’à 40 personnes aux heures de pointe.

1 décembre 2008

Blanc + Noir = Métisse

Alors que je suis en pleine révision pour mes examens sur l’histoire du Pérou colonial, je viens de retomber sur un morceau de mon cours qui parle du métissage. En gros, le Pérou est un pays très très métissé, beaucoup plus, par exemple que l’Argentine ou la Chili. Ce métissage est d’ailleurs LA caractéristique de la nation péruvienne. Cette fornication interculturelle a débuté dès l’arrivée des Conquistadors espagnols en 1532 et s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui.

Quand les espagnols gouvernèrent le Pérou, ils trouvèrent ce métissage tellement intéressant qu’ils décidèrent de répertorier tous les mélanges possibles de cette société d’outre-atlantique. Outre la création de toutes ces castes, qui correspondent à une place déterminée dans la hiérarchie sociale figée de l’époque, ils décidèrent de représenter ces personnes, pour montrer à quoi pouvait bien ressembler ces mélanges bizarres. Et ça donne ça :

1. D’un espagnol et d’une indienne résulte un métisse

2. D’un espagnol et d’une métisse résulte un castizo ou cuarteron

3. D’un espagnol et d’une castiza résulte un espagnol !

4. D’un métisse et d’une indienne sort un coyotte ou cholo

5. D’un nègre et d’une espagnole sort un mulato

6. D’un mulato et d’une espagnole sort un morisco

7. D’un espagnol et d’une morisca résulte un albino

8. D’un espagnol et d’une albina sort un negro-torna-atras (noir retour en arrière)

9. D’un noir et d’une indienne résulte un lobo ou zambo

10. D’un lobo et d’une indienne sort un sambaigo

11. D’un sambaigo et d’une indienne sort un albarazado

Et ainsi de suite…

Si on observe bien les peintures, on voit la condition de chaque individu. Pout toutes les personnes qui ne sont pas blanches, le peintre a dessiné des points noirs sur leurs visages pour marquer clairement sa différence. Les différences vestimentaires et d’environnement montrent également particulièrement la société de l’époque.